23/10/07 -
Europe
De Villiers: "ce traité est
inacceptable car c’est une Constitution bis"
Interview de Philippe de Villiers au Figaro, propos recueillis
par Sophie Huet .
Philippe
De Villiers, le président du Mouvement pour la France réclame un nouveau
référendum.
LE FIGARO.–Ce minitraité
européen, moins ambitieux, semble-t-il, que la Constitution de Giscard,
n’est-il pas acceptable pour les partisans du non?
Philippe DE VILLIERS.–Ce traité
est inacceptable parce que c’est en réalité une Constitution bis. Ce n’est
pas moi qui le dis, c’est Angela Merkel quand elle a cet aveu: «Toute la
substance de la Constitution est maintenue.»
Pourquoi parlez-vous de
Constitution bis?
On retrouve dans ce texte les
quatre éléments constitutifs d’un État européen : la personnalité juridique
donnée à l’Union européenne, c’est-à-dire la pleine capacité de signer des
traités. La supériorité juridique des lois européennes sur les Constitutions
nationales. Un service diplomatique supranational, ce qui veut dire une
diplomatie autonome de la Commission. Et enfin, un système de décision
indépendant des États, avec le record absolu des transferts de souveraineté
contenus dans ce prétendu minitraité (quarante compétences nouvelles).
François Fillon a rappelé
hier à l’Assemblée que Nicolas Sarkozy avait prévenu les Français d’une
ratification par le Parlement pendant la campagne présidentielle. Il ne les
a donc pas pris en traître…
Les Français ne pouvaient pas
imaginer que derrière l’emballage du traité simplifié, il y avait la
Constitution remaquillée, celle même qui a été massivement rejetée par le
peuple français le 29 mai 2005. Seul le peuple français est donc habilité à
se prononcer sur le nouveau traité. Nos dirigeants veulent kidnapper le
débat en le soustrayant au verdict populaire. Un Parlement, c’est tellement
plus docile, surtout quand c’est le Parlement du oui!
Que pensez-vous des
déclarations de Jean-Pierre Jouyet, qui suggère de supprimer les référendums
avant tout nouvel élargissement de l’UE, contrairement à un engagement
constitutionnel pris par Jacques Chirac?
Elles m’inquiètent parce qu’elles
n’ont pas été formellement démenties par l’Élysée. Pendant sa campagne,
Nicolas Sarkozy a été parfaitement clair au sujet de l’entrée de la Turquie
dans l’Europe: «Je brandirai le veto de la France.» Or depuis cet été, il
n’y a pas eu de veto. La France a accepté l’ouverture de nouveaux chapitres
dans le cadre de la négociation avec Ankara. Bernard Kouchner est allé dire
aux Turcs qu’ils étaient «attendus» dans l’UE. Et enfin, on nous explique
qu’il n’y a plus besoin de référendum pour l’entrée de nouveaux pays. Ce
serait un coup de force constitutionnel, après la promesse formelle de
l’ancien président de la République, reprise… avant d’être démentie par son
successeur Nicolas Sarkozy.
Qu’attendez-vous de la
présidence française de l’UE, qui reprend en juin 2008?
J’aimerais être dans l’attente et
dans l’espoir. Malheureusement, Nicolas Sarkozy est aujourd’hui engagé dans
trois malentendus avec les Français : le premier, sur la construction
européenne, avec ce «maxitraité» de 256 pages, avec la volte-face sur la
Turquie et avec notre impuissance face à l’euro cher, qui ruine les
Français. Le deuxième, sur la politique étrangère. Petit à petit, la France
s’aligne sur les États-Unis: Irak, Iran, Kosovo, réintégration dans l’Otan.
Cet atlantisme proclamé rend la France inutile dans le monde parce qu’elle
lui fait perdre sa véritable vocation historique de puissance d’équilibre
face aux empires. Le troisième malentendu, c’est sur la protection de la
France et de l’Europe: la Commission européenne vient de renoncer aux quotas
textiles sur les importations chinoises, la France n’a rien dit, et il n’y a
pas un mot dans le nouveau traité sur le rétablissement de la préférence
communautaire. En résumé, on découvre que Nicolas Sarkozy, une fois installé
à l’Élysée, pratique contre toute attente un européisme, un atlantisme et un
mondialisme aux antipodes de sa campagne.