Dossier

 

« Où vit-on le mieux en France  »? : Le classement de L'Express

Nièvre, un bilan désastreux qui appelle des actes forts

 
Juin 2006

 

Le palmarès 2006 des départements français, publié par le magazine L'Express du 11 mai est sans appel pour la Nièvre. Parmi les 96 départements métropolitains, elle se place à la 83e position. Un résultat qui, s’il n’est pas une surprise, constitue néanmoins une preuve supplémentaire d’une réalité que certains souhaiteraient présenter comme imaginaire. La réalité du bilan de la gestion menée par nos élus depuis plus d’un quart de siècle.

Réformer la politique culturelle

Notre département est riche en joyaux historique et architecturaux. Malheureu-sement leur mise en valeur est bien insuffisante. Il faut redonner au Nivernais la fierté de leur patrimoine culturel en le valorisant et non en le dénaturant, comme cela est notamment le cas, à l’ancienne abbaye de Corbigny, devenu lieu d’exposition pour « œuvres d’art » contemporaines à base de bidons en plastique.

Pourquoi ne pas profiter du Grand prix de F1 pour faire découvrir aux visiteurs le vieux Nevers et son patrimoine historique, plutôt que de leur proposer un festival regroupant des animations bruyantes et sans intérêt, à l’image du grotesque concert de concerts de sirènes – véritable avalanche de décibels – ayant eu lieu sur le parvis du Palais Ducal en 2005 ?

Ne pourrions nous pas suivre l’exemple de notre proche voisine, la ville de Bourges, qui a sut allier modernité avec un festival musical de qualité et histoire par une valorisation forte de son héritage architectural ?

Face à de tels éléments accablant, la stratégie est simple, pratiquer encore et toujours la politique de l’autruche. Réagissant au classement dans l’édition du 27 mai du Journal du Centre, Didier Boulaud préfère considérer que celui-ci n’a aucun intérêt et lâcher, « ironique », « je me suis renseigné mais faire venir la mer à Nevers, ça coûte beaucoup trop cher ! » Une réflexion plutôt déroutante lorsque l’on constate que la Haute-Garonne occupe la 1e place, l’Isère la 5e, le Puy de Dôme la 6e ou la Côte d’Or la 13e… et que la Nièvre est plutôt bien classée (34e) dans la catégorie "environnement", celle prenant justement en compte les critères géographiques.

Même son de cloche à la présidence du Conseil Général, où Michel Charmant déclare ne pas répondre à « ce genre d’enquêtes » et préfère traiter l’affaire par le mépris en accusant l’Express de se baser sur des critères « ridicules » et d’avoir un démarche uniquement commerciale. « Je les ai déjà pris en flagrant délit de mensonge… » conclut-il, semblant oublié que la quasi-totalité des 42 indicateurs utilisés par le magazine pour son étude proviennent de sources officielles (INSEE, ministères, etc.). Après de tels propos, gageons seulement que l’accueil réservé à la presse par les élus locaux n’entrait pas en ligne de compte dans l’établissement du classement.

Nous l’aurons donc compris, il s’agit de faire diversion et de tout rejeter en bloc pour ne pas s’attarder sur les chiffres qui dérangent : 73e place pour "l’enseignement supérieur", 81e pour la "puissance économique", 86e pour la "santé des habitants" et 92e place pour le "dynamisme économique" (voir p. 6). Sans oublier une 91e place pour la "Culture", preuve qu’une pluie de subventions généreusement distribuées à une noria de pseudos artistes gauchisants, de festivals d’art de rue et autres supercheries de cet acabit ne suffit pas à la création d’une offre culturelle de qualité. Des statistiques « à faire mourir de rire » pour le directeur de la Maison de Culture de Nevers, mais qui ont depuis longtemps passé l’envie de sourire à bon nombre de Nivernais.

La seule note positive vient du classement en terme de coût du logement (3e place), de densité des commerces (12e), et dans une moindre mesure, de la sécurité (30e). Ces chiffres sont toutefois trompeurs… En effet, le faible coût du logement est la résultante directe de l’absence d’attractivité de notre département et la forte densité des commerces ne doit pas faire oublier les difficultés rencontrées par ce secteur (il suffit de se promener dans nos rues dites "commerçantes" et de compter les rideaux baissés pour s’en apercevoir). Quant aux bons chiffres de la sécurité, il convient, eux aussi, de les nuancer en rappelant la hausse de 14,32% des faits de délinquance constatés à Nevers en 2005, alors que l'on enregistre une baisse de 4,21% dans le reste du département.

Ce classement résonne comme un nouveau signal d’alarme, il est regrettable qu’il n’est pas été entendu par nos élus. La Nièvre est un patient à l’agonie et vouloir casser le thermomètre ne fera pas baisser la fièvre.

La situation appelle des actes forts, il est temps pour nos dirigeants de mettre leur orgueil de côté et de faire preuve d’humilité en reconnaissant leur échec à la tête du département. Nous leur demandons solennellement, pour la Nièvre, de renoncer à leur mandat en présentant leur démission.

Il s’agit de l’unique moyen de permettre la tenue, aujourd’hui impossible, d’un grand débat démocratique depuis si longtemps espéré par les Nivernais. Souhaitons qu’ils prennent enfin acte de ce conseil salvateur. C’est sans attendre 2007 et 2008 que les Nivernais doivent se prononcer sur le projet qu’ils veulent voir appliquer pour redonner espoir à leur département.

Plus que jamais, nous appelons à renoncer aux logiques carriéristes pour penser qu’à notre avenir commun, celui de la Nièvre.

 

Dépeuplement

La Nièvre, lanterne rouge démographique !

Triste constat pour notre département que la lecture des chiffres de l’actuel recensement de la population (1999-2008) publié par L’Express le 20 avril et portant sur la période 1999-2004. La Nièvre termine 95e sur 96 au classement relatif à l’évolution démographique des départements métropolitains, avec une diminution annuelle de 0,26% de sa population. Chiffres à mettre en perspective avec les 0,66% d’accroissement annuel moyen de la population française.

La Nièvre, avec la Haute-Marne se sont substituées à la Creuse et le Cantal, les deux lanternes rouges du précédent recensement (1990-1999). Quant au classement (2004) en termes de population total, il place la Nièvre au 81e rang, en recul d’une place par rapport à 1999, avec 222 251 habitants.

Catastrophiques au niveau national, ces résultats sont aussi fort mauvais comparativement à ceux de nos voisins départementaux, qui connaissent tous un accroissement (Loiret, Yonne et Côte d’Or) ou une légère réduction (Cher, Allier, Saône-et-Loire) de leur population. (Voir carte ci-dessous).

Enfin, il faut relever qu’il n’existe pas de fatalité concernant les départements ruraux, mêmes lorsqu’ils ne sont ni méridionaux, ni littoraux. Ainsi, l'Aveyron, la Loire, l'Indre ou la Meuse, confrontés à un dépeuplement entre 1990 et 1999, ont regagné des habitants entre 1999 et 2004. C’est donc plus du coté de la politique de développement départemental que du mauvais sort s’il faut chercher une explication à notre situation…             

 

Le classement de la Nièvre en détails (L’Express, 11/05/06) :

Sur quatre-vingt seize départements

  

    > Classement général : 83e

 

Les trois sous classements principaux :

    > Classement familles :  83e

    > Classement seniors :   75e

    > Classement jeunes :     86e

 

Les quatorze classements thématiques :

     Commerces (densité) : 12e

Coût du logement (prix moyens) : 3e

Culture (offre…) : 91e

Dynamisme économique (croissance de l’emploi, revenus…) : 92e

Enseignement supérieur (nombre d’étudiants…) : 73e

Environnement (qualité de l’air, de l’eau…) : 34e

Internet (accès à l’Internet haut débit) : 68e

Météo : 73e

Offre de soins (lits pour 100 habitants, densité médecins…) : 68e

Puissance économique (population, emploi, capacité hôtelière, administrative…) : 81e

Réussite au bac : 60e

Santé des habitants (espérance de vie, mortalité…) : 86e

Sécurité (chiffres de la délinquance 2005): 30e

Situation sociale (chômage, revenus moyens, minima sociaux…) : 64e

 

 

La méthodologie de L'Express (extrait du site Internet www.lexpress.fr) :

"Notre enquête se fonde sur 42 indicateurs. La quasi-totalité d'entre eux a été recueillie auprès d'une source officielle: Insee, ministères, etc. La même année a systématiquement été retenue pour les 96 départements. Pour chacun des 42 indicateurs, les départements ont été classés, selon leurs résultats, de la première à la dernière place. Un coefficient a été attribué à chaque indicateur. Le classement multiplié par le coefficient aboutit à une note. Les différentes notes ont été additionnées à l'intérieur de chaque rubrique (culture, puissance économique, commerce, etc.) pour obtenir les 14 classements thématiques cartographiés dans les pages suivantes. Pour élaborer le palmarès général, les thèmes ont été simplement additionnés. Les classements «jeunes», «familles» et «seniors» ont fait, eux, l'objet de pondérations particulières. Faute de données comparables, les départements d'outre-mer n'ont pas été étudiés."