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« L’accession de la Turquie à l’Union européenne serait unique à
la fois dans son étendue et dans son degré en comparaison avec les
précédents élargissements : la Turquie est tout à fait différente en
termes historique, géographique et culturel »
Note de Franz Fischler, commissaire européen à l’agriculture, à l’attention de
Günter Verheugen, commissaire chargé de l’élargissement, transmise
aux autres commissaires le 30 juillet 2004.
A / La
Turquie n’est pas européenne. Ni par son histoire, ni par sa
géographie, ni par sa culture…
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1
Histoire
L’Europe se définit par une addition cumulative
d’expériences historiques », rappelait l’historien Alain
Besançon de l’Institut dans un article publié par Le Figaro du
25 novembre 2002.« Ce sont, dans l’ordre chronologique,
l’héritage romain, la conversion à la version latine et romaine
du christianisme, les grandes innovations médiévales (la
hiérarchie féodale, les ordres religieux et savants,
l’université) puis la Renaissance, la Réforme, la Contre-Réforme,
puis encore les Lumières, le romantisme ». […] « Qu’en est-il
maintenant de la Turquie ? Elle aussi se constitue par une série
de grandes expériences, souvent glorieuses, quelquefois moins.
Le fait est qu’elles n’ont rien de commun avec celles de
l’Europe ». […] « pendant tout le xvie et une partie du xviie
siècle, la force d’expansion du jeune Empire ottoman fut pour
l’Europe occidentale une source d’inquiétude et très souvent de
terreur ». Et Alain Besançon rétorque à ceux qui s’appuient sur
la période laïque de la Turquie (sous Mustafa Kemal Atatürk) que
« cela ne fait pas de la Turquie une nation européenne. Gardant
précieusement les bases de sa propre civilisation, elle n’a
prise à celles de l’Europe que les instruments relativement
superficiels que sont les institutions étatiques et, pour une
part, juridiques. Cela ne peut remplacer le poids des
expériences civilisatrices. »
« On a même été jusqu’à nous
expliquer, doctement, que la Turquie fut historiquement une
nation européenne. La saillie est assez farce »
Jean-François Kahn, Marianne, 16 octobre
2004
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2 Géographie
La Turquie géographiquement située en Asie mineure »,
explique le géopolitologue Gérard Chaliand dans son Atlas du
nouvel ordre mondial de 2003. L’argument géographique est
d’ailleurs celui avancé par Valéry Giscard d’Estaing, qui s’est
prononcé contre son entrée : « La Turquie est un pays proche de
l’Europe, un pays important, qui a une véritable élite, mais […]
sa capitale n’est pas en Europe, elle a 95 % de sa population
hors d’Europe, ce n’est pas un pays européen », expliquait-il le
9 novembre 2002 dans un entretien au journal Le Monde. Rappelant
que d’autres candidatures suivraient si la Turquie se voyait
ouvrir les portes de l’Europe, il déclarait : « Dès que l’on
sort du continent […], c’est la fin de l’Union européenne. »
95 % du territoire turc se trouve en Asie
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3 Culture
La population turque est « dans sa vaste majorité
enracinée en Asie », écrit dans sa note Franz Fischler,
commissaire européen à l’agriculture. « Il est un fait que la
Turquie est une société sui generis, bien plus orientale
qu’européenne. » « Les différences culturelles […] peuvent être
un facteur positif pour une communauté. Mais tout est matière de
degré. Par exemple, les différences culturelles, enracinées dans
l’histoire et dans la géographie, expliquent les divergences
substantielles et les controverses qui existent entre la France
et l’Allemagne… Mais ces divergences restent gérables parce
qu’elles demeurent dans les limites d’une culture européenne. »
Tout est dit, et par un commissaire européen !
« J’appelle l’Europe une terre qui a été
romanisée, christianisée et soumise à la discipline des Grecs »
Paul Valéry
B / Son
adhésion engendrerait de nombreux bouleversements
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4 Démographie
> il y aura 100 millions de
turcs en 2020. Sur les 70 millions actuels, 30 % ont moins de 15
ans. Le taux de fécondité est de 2,8 enfants par femme en
Turquie, contre 1,9 en France et
1,7 en Europe. Le taux de natalité est de 3,1/1 000 contre 1,8/1
000 en France. Si elle intégrait l’Union, la Turquie serait donc
le pays le plus peuplé et un européen sur quatre serait turc.
> En application de la
Constitution européenne (soumise au référendum en 2005) qui
indexe le poids des pays dans les institutions sur leur
population, la Turquie aurait le plus grand nombre d’eurodéputés
(100 contre 70 pour la France) et sa voix serait plus importante
que celle de l’Allemagne au sein du Conseil.
Il y aurait 100 députés turcs pour 70 députés français au
Parlement européen.
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5 Géopolitique
> La Turquie partage
« 1 000 kilomètres de haute montagne » avec l’Iran et l’Irak, «
territoires hors du contrôle du gouvernement, en proie à la
guérilla » (Maxime Tandonnet, expert des questions
d’immigration). Quelque 1 000 kilomètres avec deux pays très
instables, où le terrorisme et l’islamisme sont des réalités.
> La Turquie est frontalière
avec la poudrière du Moyen-Orient. Qui peut sérieusement
imaginer que l’Europe a intérêt à transformer cette zone tampon
qu’est la Turquie en État membre ? Philippe de Villiers n’avait
pas manqué de le rappeler sur France 2 le 29 octobre: « On nous
dit : “L’Europe, c’est la paix.” Mais faire entrer la Turquie,
c’est mettre l’Europe à portée de la zone la plus conflictuelle
du monde. »
> Songeons aussi aux
tensions provoquées par les 30 millions de Kurdes qui sont
installés à cheval sur la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak…
Les Kurdes irakiens bénéficient depuis la première guerre du
Golfe d’une large autonomie politique qui pourrait bien aboutir,
un jour, à la création d’un État kurde. Or, en incluant la
Turquie, on intègre une partie de ce futur Kurdistan.
Faudrait-il alors exclure les Kurdes turcs ? Ou faudra-t-il
inclure les Kurdes irakiens, syriens et iraniens ?
> En occupant militairement
37 % du territoire chypriote depuis 1974, la Turquie occupe en
réalité une partie de l’Union européenne, Chypre étant membre de
l’Union depuis le 1er mai 2004.
> La Turquie est un des plus
fidèles alliés des États-Unis. Sa ligne géopolitique est
résolument euroatlantiste. D’où le soutien américain à l’entrée
de la Turquie dans l’Union, George Bush déclarant lors du
dernier sommet de l’Otan que « la Turquie, en tant que puissance
européenne, appartient à l’Union européenne ». D’où aussi, pour
ne pas froisser l’allié turc, le rejet en 1992 par le Sénat
américain d’une résolution visant à reconnaître le génocide
arménien. Il faut, nous dit-on, construire une Europe forte pour
contrebalancer l’influence américaine…
La Turquie occupe militairement une partie du territoire de
l’Union européenne. Elle partage ses frontières avec la
poudrière du Moyen-Orient et sa géopolitique est alignée sur
celle des Etats-Unis.
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6 Économie/Coût
de l’adhésion
> Le coût de
l’entrée de la Turquie est estimé à 14 milliards d’euros (autant
que celui de l’adhésion des dix États entrés dans l’Union le 1er
mai 2004).
> Ce coût exorbitant est la
conséquence du fossé économique qui sépare la Turquie des pays
d’Europe. Le produit intérieur brut (PIB) moyen est, en Europe,
de 21 000 euros par habitant, tandis qu’en Turquie, il n’est que
de 2 180 euros (chiffres du FMI pour 2002). Et sa dette
extérieure représente 90 % de son PIB.
> Pour les Turcs, l’Europe
constitue un véritable eldorado. Ils seront inévitablement
attirés par des salaires beaucoup plus élevés que chez eux. Les
entreprises seront, quant à elles, intéressées par le faible
coût de la main-d’œuvre : le salaire horaire moyen est de 1,50
euro en Turquie, alors qu’il est de plus de 25 euros en France.
> La disparité économique
est structurelle, la Turquie étant essentiellement agricole. Le
Premier ministre turc reconnaissait dans Le Figaro du 22 octobre
dernier que 34 % de la population turque vit de l’agriculture,
soit 23 millions d’habitants. Qu’adviendra-t-il alors de la
Politique agricole commune ? Les aides qui iront aux
agriculteurs turcs n’iront pas aux agriculteurs français qui
peinent déjà à survivre. Selon la Commission européenne,
l’entrée de la Turquie dans l’Europe aurait ainsi des
conséquences “lourdes” pour les 10,4 millions de paysans
européens. Des conséquences lourdes, « c’est-à-dire désastreuses
», traduit Marianne du 9 octobre 2004, qui rapporte cette
projection. Bref, résume Franz Fischler, commissaire européen à
l’agriculture, dans sa note : « La Turquie aurait de grandes
difficultés à mettre en œuvre la Politique agricole commune tout
en risquant de l’affaiblir. »
> Pis, selon l’American Drug
Agency, un huitième du PIB turc provient du trafic de drogue,
soit 50 milliards de dollars par an.
8,7 millions de Turcs, (15 % de la population) vivent en
dessous du seuil de pauvreté fixé à 35 euros par mois contre 300
en Europe de l’Ouest.
14 milliards d’euros : l’état de l’économie turque est tel que
le coût de son adhésion serait exorbitant.
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7 Droits de l’homme
> Par la loi du 18 janvier
2001, « la France reconnaît publiquement le génocide arménien de
1915 », qui décima 50 % de la population. « Convocation de
l’ambassadeur de France à Ankara par le gouvernement turc,
manifestations, boycott des produits français, les réactions
officielles et populaires à la reconnaissance par Paris du
génocide arménien ont été violentes », rapportait à l’époque Le
Monde diplomatique (octobre 2001).
> Depuis, rien n’a changé :
dans un entretien au Parisien du 11 octobre, Uluç Özülker,
ambassadeur de Turquie en France, persistait à nier l’évidence :
« Ce génocide n’est pas établi. Bien sûr, il y a eu des
atrocités. Mais, pour reconnaître un génocide, il faut avoir des
preuves. Or, il n’y en a pas. » Et le nouveau code pénal turc,
adopté au début de septembre, prévoit une peine de quinze ans
d’emprisonnement pour ceux qui parleraient de génocide arménien.
> Les Kurdes sont, quand à
eux, une minorité toujours opprimée : « les tensions se
maintiennent, de manière souterraine, et vont probablement
perdurer », écrivait Franz Fischler, commissaire européen, dans
sa note.
> La Turquie n’est pas plus
respectueuse des droits de ses propres ressortissants. Elle vit
sous un véritable régime militaire (et consacre d’ailleurs 5,4 %
de son PIB aux dépenses militaires, contre 2,69 % en France et
2,94 % aux États-Unis).
> Entre 1999 et 2003, la
Cour européenne des droits de l’homme a prononcé 24 arrêts pour
sanctionner une atteinte à la vie. Et 20 concernaient la Turquie
! Celle-ci a été également condamnée par cinq des six jugements
de la Cour qui constatait la pratique de la torture et 26 fois
pour des traitements inhumains ou dégradants. Le Monde du 9
octobre dernier rapportait ce lapsus d’un diplomate turc en
poste à Bruxelles : « Il n’existe plus de torture systématique
en Turquie. » Les nombreuses victimes de la torture «
occasionnelle » ont dû apprécier.
> En intégrant la Turquie à
l’Union, certains font le pari d’une démocratisation des
institutions, oubliant que les islamistes pourraient en
profiter. (40 % aux élections de novembre 2002, alors qu’ils
n’avaient jamais dépassé 21 %).
> Le Premier ministre turc,
Recep Tayyip Erdogan, est un islamiste dit modéré. Modéré ? Dans
un entretien accordé au Parisien du 21 octobre dernier, il
précisait : « Il n’y a pas de musulman modéré ou pas. Un
musulman est simplement un musulman. »
> « Les minarets sont nos
baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes
et les croyants nos soldats », déclarait encore Erdogan, lors
d’un meeting à Siirt, le 6 décembre 1997, récitant les vers d’un
poème de Ziya Gökalp, l’un des pères du nationalisme islamique
turc.
> Quant aux femmes, qui ne
représentent que 25,5 % de la main-d’œuvre (moins de la moitié
du taux européen), leur sort n’est pas plus enviable que dans
les autres pays musulmans. La Conférence islamique des ministres
des Affaires étrangères qui se tenait en juin dernier et qui a
été ouverte par le président de la République turque (Ahmet
Necdet Sezer) et que présidait le ministre turc des Affaires
étrangères (Abdullah Gül) a dénoncé la décision de l’Union
européenne qui condamnait la lapidation.
> Le sort des minorités
religieuses se résume, lui, en quelques chiffres : en 1880, les
chrétiens représentaient 30 % de la population turque, soit 4
millions de personnes. Aujourd’hui, ils sont à peine 0,2 % (150
000 sur 70 millions d’habitants). Comme le souligne Alain
Besançon de l’Institut : « La réalité, c’est que les chrétiens
sont aujourd’hui moins nombreux dans toute la Turquie que ne le
sont les musulmans dans un seul département français »
(L’express du 12 décembre 2002).
« Comment accorder l’asile politique
à des opposants turcs victimes de persécutions, tout en assurant
que la Turquie a fait des progrès décisifs en matière de droits
de l’homme ? »
Matthias
Wissmann, ancien ministre allemand, cité par Valeurs actuelles
du 29.10. 04.
Les Turcs figurent au tout premier rang des demandeurs
d’asile politique en Allemagne.
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8 Immigration
> la Turquie est la
principale plaque tournante de l’immigration en provenance du
Moyen-Orient : « Le nombre réel des migrants qui auraient
transité illégalement par la Turquie pourrait être de 2 à 3
millions depuis 2000. » « On estime généralement qu’un stock
d’un million de migrants clandestins attend en Turquie pour
entrer dans l’Union européenne » (Maxime Tandonnet, expert des
questions d’immigration).
> Le niveau de vie des turcs
est très bas : 8,7 millions de Turcs, soit 15 % de la
population, vivent en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 35
euros par mois, contre 300 en Europe de l’Ouest (selon une étude
de l’Organisation nationale de la planification de Turquie [DPT],
citée par Alexandre Del Valle, La Turquie dans l’Europe, un
cheval de Troie islamiste ?, Éd. des Syrtes, mars 2004, p. 323).
On doit donc s’attendre à une immigration de grande ampleur.
De plus, une immigration importante pourrait aussi avoir lieu en
provenance d’Asie centrale. Il faut en effet bien réaliser que
ce n’est pas un État qui entrera dans l’Union mais un véritable
ensemble culturel dont la Turquie pourrait être la tête de pont.
Cet ensemble s’étend jusqu’en Chine et rassemble les États
turcophones, à savoir l’Azerbaïdjan, le Turkménistan,
l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan
(regroupés institutionnellement au sein du T6), et certains de
leurs habitants, qui seront près de 300 millions en 2020, ont la
double nationalité. Illustration des liens unissant la Turquie
aux États turcophones : au soir du sommet d’Helsinki de décembre
1999, alors que la Turquie venait d’être officiellement reconnue
comme « pays candidat qui a vocation à rejoindre l’Union », le
Premier ministre turc de l’époque, Bülent Ecevit, avait proclamé
la vocation européenne des États turcophones…
Le nombre des migrants qui aurait transité illégalement par
la Turquie pourrait être de 2 à 3 millions depuis 2000.
C /
Les faux arguments de ses avocats…
« Il ne fait aucun doute que la
Turquie est un enjeu majeur pour la sécurité occidentale, et ce,
depuis des années, sans pour autant que celle-ci ne soit membre
de l’Union européenne. L’adhésion n’y changerait rien. Il se
peut que la Turquie puisse être un rempart contre le
fondamentalisme. Il se peut tout aussi bien qu’il se produise
une dérive fondamentaliste en Turquie malgré l’adhésion, et cela
ne semble pas avoir traversé l’esprit des avocats de l’entrée de
la Turquie »
Note de Franz
Fischler, commissaire européen à l’agriculture, à l’attention de
Günter Verheugen, commissaire chargé de l’élargissement,
transmise aux autres commissaires le 30 juillet 2004.
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9 Intégrer la
Turquie pour la démocratiser ? Et pourquoi pas l’Irak ou l’Iran
?
Grâce aux quatre critères politiques dits de Copenhague
– respect de la démocratie, de l’État de droit, des droits de
l’homme et protection des minorités – qu’un pays doit respecter
pour intégrer l’Union, la Turquie serait obligée de se
démocratiser. On contrerait ainsi le développement de
l’islamisme et on démontrerait notre opposition au « choc des
civilisations ». Bref, nous résument les avocats de la Turquie :
« Mieux vaut avoir une Turquie moderne à l’intérieur de l’Union
qu’une Turquie archaïque et islamiste aux frontières de
l’Europe. » Cette vision est utopiste…
> Alors que le non-respect
des droits de l’homme semble être le principal obstacle à
l’entrée de la Turquie, on oublie qu’elle est membre depuis 1949
du Conseil de l’Europe, qui regroupe les pays signataires de la
Convention européenne des droits de l’homme. on ne voit pas ce
que cela a changé quant au respect des droits fondamentaux de la
personne humaine !
> Quant à l’islamisme, qu’il
faudrait contrer en intégrant la Turquie, faut-il rappeler qu’en
cette période de tensions internationales, il se nourrit
principalement du rejet de l’occidentalisation. On ne peut donc
pas affirmer que l’adhésion à l’Union ne favoriserait pas, au
contraire, le développement de l’islamisme en Turquie.
Ceux qui affirment qu’il vaut mieux avoir une Turquie moderne à
l’intérieur de l’Union qu’une Turquie archaïque et islamiste aux
frontières de l’Europe ont-ils vraiment pensé aux conséquences ?
En effet, même si une Turquie moderne et démocratique intégrait
l’Europe, il y aurait toujours à nos frontières des nations
potentiellement islamistes. Voir carrément islamistes et, du
reste, bien plus instables. Pensons simplement à l’Irak ou
l’Iran… Compte tenu de la situation de cette région du monde,
l’Europe n’a-t-elle pas plutôt intérêt à préserver cette zone
tampon qu’est la Turquie ? Dans sa note, Franz Fischler,
commissaire européen à l’agriculture, soulignait le danger de
cette utopie : « Les négociations de la Turquie ne feraient
qu’allonger la file de pays qui frappent à la porte de l’Union,
avec un sentiment de frustration, et risqueraient de rendre nos
arguments pour leur fermer la porte moins efficaces. À
l’évidence, si la Turquie accède à l’Union, notre politique de
voisinage devra être étendue aux voisins de la Turquie,
c’est-à-dire l’Iran, l’Irak, la Syrie… »
> Si la démocratisation des
nations devient l’objet de l’Union européenne, est-ce à dire
qu’il faudrait, un jour, ouvrir nos portes à l’Irak, à l’Iran et
à la Syrie afin de les démocratiser ? L’Union européenne
est-elle alors condamnée à la fuite en avant, intégrant de plus
en plus de nations ?
« Cette histoire d’élargissement est tout
à fait absurde. La Turquie maintenant est candidate, demain ce
sera le Zimbabwe ! […] Tout cela n’a plus rien à voir avec
l’idée qui était celle de la construction européenne »
Jacques Chirac, le 25 avril
1980 sur RMC
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10 Les relations
Europe-Turquie : un ticket d’entrée dans l’Union ?
> Les relations de
l’Europe avec la Turquie constitueraient un ticket d’entrée dans
l’Union. Les partisans de son adhésion omettent de mentionner
que ses liens ont été tissés notamment lors de la guerre froide
et dans le Marché commun. Depuis, le contexte international a
radicalement changé, le projet européen aussi. C’est une union
politique que consacrera la Constitution européenne.
> Pour éviter la
multiplication des candidatures les plus farfelues, l’Europe
doit une fois pour toutes définir ses frontières. Et, sans
doute, cette définition ne sera-t-elle possible que si elle
reconnaît les grandes expériences civilisatrices qui l’ont
constituée, et donc ses racines. Et, sans doute, faudra-t-il
aussi cesser de vouloir à tout prix ouvrir le « club chrétien »,
comme si nos racines étaient honteuses, comme si le
multiculturalisme était notre seul avenir.
> De la définition de
l’Europe découlera naturellement une politique de partenariat
avec les pays frontaliers. Et il ne tiendra qu’à nous de
renforcer les liens déjà existants avec la Turquie.
> Et, sans doute, l’arrêt du
processus d’Union politique de l’Europe mettrait-il un terme à
la polémique. L’Europe pourra alors se reconstruire sur la
coopération entre les États
selon le principe des cercles concentriques. Dans ce cadre, la
Turquie trouvera sa place, toute sa place mais rien que sa
place…
Dire
« non » à la Constitution européenne, c’est donc dire « non » à
l’Union politique et à l’intégration de la Turquie ; mais c’est
dire « oui » à la coopération entre les nations et, dans ce
cadre, au partenariat très privilégié avec la Turquie…
Rien n’empêche l’Europe d’avoir avec la Turquie des relations
privilégiées…
Mouvement Pour la
France
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