Dossier

 

La Nièvre confrontée à une vague de licenciements
Une situation économique et sociale catastrophique

 
Juin 2006

 

Le coup est dur pour Château-Chinon et les 95 employés de Dim qui verront leur usine fermer ses portes courant 2007. Implantée dans la sous préfecture depuis 45 ans et ayant compté jusqu’à prés de 500 salariés, l’usine appartenant au groupe DMapparel (marques Dim et Playtex) est le seul site industriel de la ville. Une véritable catastrophe pour cette région, qui comme le reste de la Nièvre est déjà économiquement sinistrée.

Ce cas n’est malheureusement pas isolé dans notre département. Un peu plus au Sud, se sont 75 employés de Faurecia Cercy-la-Tour qui vont être licenciés. Quant à l’agglomération neversoise, elle est également fortement touchée. A la fermeture de Facom - Saint-Eloi et ses 124 licenciements, s’ajoute les réductions d’effectif à Look Fixation (67 personnes) et à Euro auto Hose (48 personnes) ; entreprise dont l’avenir est par ailleurs très incertain et laisse craindre une fermeture prochaine. Cette énumération n’est malheureusement pas exhaustive…

600 emplois détruit en six mois

Au final ce sont prés de 600 emplois qui, en l’espace de six mois, sont détruits dans notre département, et de nombreux éléments laissent craindre un allongement de la liste. Un drame économique et social de forte ampleur qui semble prendre au dépourvu nos élus locaux mais qui était pourtant prévisible de longue date.

La réponse de Christian Estrosi, aux élus accusant socialistes niver-nais attaquant le gouvernement.

« Ces élus [qui attaquent le gouvernement] préfèrent faire dans l’agitation et la politique politicienne, tout ça pour aller chercher de voix. […]

Quand on a de la maturité politique, on discute autour d’une table pour trouver des solutions, on ne fait pas dans l’agitation gratuite. […]

Il y a des difficultés […] Mais ces élus ne cachent-ils pas leur impéritie ? Quelles ont été leurs initiatives ? Ont-ils pris des initiatives innovantes ? Ce n’est pas en hurlant et en faisant croire  que l’État ne fait rien et n’assume pas que les choses avancent. […] 

Les socialistes se complaisent dans une attitude dogmatique et attendent que l’État apporte toutes les solutions.[…]

[Ce] n’est pas à l’État de prendre des initiatives à la place des élus. »

Christian Estrosi, Ministre délégué à l'Aménagement du Territoire, suite aux déclarations de certains élus socialistes nivernais accusant l’État d’inaction.

Il traduit l’échec cuisant de plusieurs décennies de gestion socialiste qui ont laissé la Nièvre exsangue. En effet, la Nièvre perd en moyenne 300 emplois industriels par an, selon l’association départementale de développement économique Fibre active, sans que les embauches dans le secteur des services ne parviennent à combler ce déficit. La vieille logique consistant à tout attendre de l’État et de quelques grands groupes industriels multinationaux demeure l’unique cadre de raisonnement d’une grande part des élus de gauche.

Les dernières déclarations de certains, et  notamment de Didier Boulaud, vociférant contre l’État, accusé d’être incompétent dans l’aménagement du territoire et de laisser mourir la Nièvre, en ont été la preuve flagrante. La réponse du Ministre délégué à l’aménagement du territoire, M. Estrosi, ne s’est pas faite attendre. Invitant ces élus à s’ouvrir au dialogue, le ministre a rappelé dans une interview au Journal du Centre que si malgré les subventions nationales le tissu économique local était exsangue, ce n’est pas le fait de l’État mais bien des élus locaux qui ont la responsabilité de conduire son développement. Et de s’interroger sur le bien fondé du choix fait en 1990 par la Gauche d’accorder une subvention d’un milliard de francs pour le circuit de Nevers-Magny-Cours, qui ne fut peut-être pas « le plus raisonnable et attractif pour donner de l’activité douze mois sur douze ».

Déclaration à laquelle on ne peut bien sûr que souscrire même s’il faut rappeler la responsabilité que porte l’État au plan national dans la déliquescence de notre tissu économique. A l’intérieur en asphyxiant nos entreprises par une fiscalité engendrant un coup du travail prohibitif et, à l’extérieur, en poussant la France dans l’abîme mondialiste par l’adhésion inconditionnelle à la politique d’abolition des frontières ordonnée par Bruxelles. Rappelons à ce titre le vibrant engagement de Messieurs Boulaud et Gorce, et de bien d’autres socialistes, en faveur de l’ultra-libérale Constitution européenne au printemps dernier lors de la campagne référendaire. Critiquaient-ils alors les pouvoirs exorbitants de Bruxelles en matière de TVA, de législation agricole, de dumping social, etc. ?

Mais au-delà d’un contexte national défavorable, commun à tous les départements Français, certains savent construire l’avenir et d’autres non. Comment expliquer la médiocrité du bilan économique de la Nièvre si ce n’est par celle de sa gestion ? Dans le classement des départements Français (voir page 8), réalisé par l’Express en mai, la Nièvre est 92e sur le plan du dynamisme économique. A titre d’exemple la Vendée occupe la première place alors qu’il s’agissait, il y a encore quelques décennies, d’un département d’une grande pauvreté.

La mobilisation des élus est déterminante pour un département

Peut-on expliquer cette réussite autrement que par le travail de responsables politiques aux compétences exemplaires, qui ont su donner une attractivité et un dynamisme puissant à leur département ? Ceux-ci se sont mobilisés à chaque instant pour son développement, obtenant des autoroutes, créant des infrastructures de qualité et menant une réflexion continue pour trouver des solutions innovantes.

Ce n’est, à priori, pas la démarche adoptée dans la Nièvre. En matière d’emploi « les solutions existent et elles donnent des résultats, mais encore faut-il que les élus agissent » fait remarqué M Estrosi, rappelant n’avoir jamais été « sollicité pour essayer de trouver des solutions » ni même « contacté pour mettre en place un plan de reconversion ».

Évidemment, face à un bilan départemental aussi désastreux, les responsables préfèrent chercher des coupables extérieurs, notamment le gouvernement. Sous les gouvernements socialistes successifs, ces élus « d’influence » auraient dû exiger plus ardemment un plan de désenclavement du département. Qu’ont-ils fait ? Ce sont pourtant les mêmes qui, il y a peu, fêtaient avec faste la mémoire de François Mitterrand, maître de Château-Chinon. Après deux septennats, qu’a-t-il laissé à la Nièvre ? Aujourd’hui encore, rien ne nous relie facilement à Dijon, à Bourges, à Clermont-Ferrand ou à Auxerre.  Château-Chinon est sur le déclin, coupé du pays et de toute dynamique économique. Dim s’en va sans remplaçant.

Le désenclavement n’est malheureusement qu’une des nombreuses actions à mener. Il est urgent de revoir la fiscalité à la baisse, de tisser des liens forts avec les créateurs d’entreprises, de les inciter à venir, y compris financièrement. Il faut capter les jeunes entrepreneurs qui fourmillent au sein des associations et club des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. C’est aussi de la responsabilité de nos élus d’aller parler de la Nièvre en termes aimables au sein de ces établissements. Rappelons aujourd’hui qu’un créateur a le choix entre l’ensemble des départements français, mais aussi l’Angleterre, l’Irlande… et qu’il choisira le lieu lui permettant la réussite de son entreprise.

La Nièvre possède aussi l’atout du tourisme vert, il faut mettre en valeur le patrimoine immensément riche qui la compose. Parc naturel du Morvan, lieux historiques, châteaux sont autant de lieux à mettre en valeur.

Alors, on est loin du compte ! Marcel Charmant s’émeut à juste titre des licenciements qui frappent le département, mais dans le même temps, rappelons qu’une hausse de la fiscalité locale de 9,87% a été votée par le Conseil Général et que seuls 3,18% du budget principal sont inscrits au titre du développement économique du département, laissant une fois encore la part belle aux actions sociales, sportives ou de jeunesse.

Il est plus que temps de rompre avec les vieux schémas socialistes. Votre avenir dépend de ce que vous saurez attirer les PME et PMI, les micro-entreprises, celles qui aujourd’hui forment l’essentiel du tissu économique français et qui sont créatrices d’emplois.

 

Gabriel RICHERT

Secrétaire général MPF Nièvre