Archives tribunes 2005

 

Après les 100 jours, l’immobilisme perdure... - 01/10/05

 Les "mesurettes" de Villepin

Alors que nous étions en droit d’attendre un geste fort de la part d’un Président de la République désavoué lors du référendum sur la constitution européenne, voici que celui-ci a nommé un gouvernement mené par un chiraquien des plus fidèles. Nous en mesurons toutes les conséquences dès à présent : un immobilisme ponctué de quelques « mesurettes » et un discours démagogique tantôt socialisant, tantôt pseudo-offensif.

Étudions avec un peu plus d’attention les deux projets phares de notre premier ministre : l’emploi et la cohésion sociale.

L’emploi.

Sur le front de l’emploi, aucune avancée décisive n’a été réalisée. Quelques demi-mesures ont été prises à grand renfort de médiatisation, mais de l’aveu même des créateurs d’emploi (TPE, PME) elles ne garantissent aucune possibilité de développement. Ainsi le Contrat Nouvelle Embauche (CNE) permet certes de donner un peu de souplesse en matière de recrutement (c’est à priori une bonne mesure dans une économie incertaine), mais il n’est accompagné d’aucun système réduisant le coût salarial. Or, le plus important est de créer un climat favorable en diminuant les charges pesant sur les entrepreneurs. A lire le sondage IFOP réalisé entre le 13 et 15 juin auprès des TPE, seuls 8% des entreprises de 3 à 9 salariés se disent tout à fait incités à embaucher - sur un total de seulement 37% d’avis plutôt favorables - du fait de cette nouvelle règle. La preuve est donc faite de l’insuffisance de cette mesure. Elle ne sera pas créatrice du flot d’emplois promis. Une fois de plus les moulinets gouvernementaux sont voués à l’échec faute d’ambitions et d’un changement en profondeur des règles régissant notre économie.

« Ne pas dissocier l’Humain de l’économique »

Enfin, nous ne saurions dissocier l’Humain de l’Économique dans un projet politique d’avenir. Au delà de la création des CNE (au détriment sans doute de CDD et CDI classiques), il faut surtout mettre en place des dispositifs permettant de rendre l’emploi pérenne et attractif. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, et nous n’avons qu’une « mesurette » isolée bonne à créer précarité et insatisfaction auprès des populations les plus fragiles.

Cette précarisation accrue d’une frange notable de notre population, nous avons pu la ressentir aussi dans les nouvelles mesures concernant le contrôle des chômeurs. S’il est vrai qu’une proportion minime de sans emplois profite abusivement du système, et doit par conséquent en être exclue, l’immense majorité d’entre eux désire ardemment retrouver une activité salariée qui soit, évidemment, en rapport avec leur formation. Aucune de ses mesures n’est donc efficace sans reprise de l’économie, reprise de l’emploi et réforme profonde de notre système de société. A défaut d’un travail efficace, nous aurons donc en effet une diminution statistique du nombre d’allocataires Assedic, mais nous aurons aussi très probablement un appauvrissement d’une frange de nos concitoyens, exclus de la société. Attention donc au fausses promesses.

La cohésion sociale.

La cohésion sociale, c’est permettre à chacun de trouver sa place dans notre société et d’en être l’un des rouages. L’inconsistance des mesures sur l ‘emploi ne va pas en ce sens. Cependant, ce premier échec n’est pas le seul.

Aujourd’hui, chômeurs ou salariés, c’est un pan entier de notre société qui ne trouve plus à espérer. Aucune mesure n’a en effet été prise en ce sens. Alors qu’il aurait fallu compenser la hausse du pétrole par une diminution des taxes sur le carburant, réduire la fiscalité totale, baisser la TVA sur la restauration (chose à laquelle Bruxelles s’oppose depuis toujours)… Rien n’a été fait. Bref, les mesures de hausse du pouvoir d’achat sont au point mort alors même que les salaires stagnent. Dans ces conditions, inutile d’attendre une quelconque reprise de la consommation interne. Quant aux exportations hors zone Euro, les perspectives restent sombres tant le cours élevé de l’Euro pénalise nos entreprises.

Pire, le gouvernement se prive de toute marge de manœuvre en préférant une gestion clientéliste à une véritable réforme de notre économie et de ses aberrations. Alors que notre pays est asphyxié par un déficit budgétaire qui frôle les 3% du PIB et au delà même des promesses faites à l’Union Européenne à ce sujet, notre Premier Ministre dépense en vue de 2007.

Ainsi donc il a fait fi des décisions prises par son prédécesseur en matière de réduction du nombre de fonctionnaires. Ce ne sont plus 12 000 postes qui ne seront pas remplacés, mais seulement 5 000. Mesure de toute façon neutralisée par la création de milliers de postes d’« aides » dans l’enseignement.

« Laisser croire à l’eldorado français est criminel »

Enfin, est-il dans la logique humanitaire de ne pas avoir encore réformé notre politique d’immigration et de laisser perdurer l’entrée toujours massive d’immigrés illégaux en France, compte tenu des difficultés que nous connaissons aujourd’hui ? Laisser des populations désoeuvrées croire à l’eldorado français alors que nous savons pertinemment que notre pays n’a ni emploi, ni logement à leur proposer, ne relève pas de l’assistance mais de l’absurde. C’est cette inconscience qui a aboutit aux drames que nous avons connu cet été.
 

Alexis RICHERT
Président de la fédération Nièvre du Mouvement pour la France

 

 

Revenir au sommaire des tribunes