Alors
que nous étions en droit d’attendre un geste fort de la part d’un
Président de la République désavoué lors du référendum sur la
constitution européenne, voici que celui-ci a nommé un gouvernement mené
par un chiraquien des plus fidèles. Nous en mesurons toutes les
conséquences dès à présent : un immobilisme ponctué de quelques « mesurettes »
et un discours démagogique tantôt socialisant, tantôt pseudo-offensif.
Étudions avec un peu plus
d’attention les deux projets phares de notre premier ministre : l’emploi
et la cohésion sociale.
L’emploi.
Sur le front de l’emploi,
aucune avancée décisive n’a été réalisée. Quelques demi-mesures ont été
prises à grand renfort de médiatisation, mais de l’aveu même des
créateurs d’emploi (TPE, PME) elles ne garantissent aucune possibilité
de développement. Ainsi le Contrat Nouvelle Embauche (CNE) permet certes
de donner un peu de souplesse en matière de recrutement (c’est à priori
une bonne mesure dans une économie incertaine), mais il n’est accompagné
d’aucun système réduisant le coût salarial. Or, le plus important est de
créer un climat favorable en diminuant les charges pesant sur les
entrepreneurs. A lire le sondage IFOP réalisé entre le 13 et 15 juin
auprès des TPE, seuls 8% des entreprises de 3 à 9 salariés se disent
tout à fait incités à embaucher - sur un total de seulement 37% d’avis
plutôt favorables - du fait de cette nouvelle règle. La preuve est donc
faite de l’insuffisance de cette mesure. Elle ne sera pas créatrice du
flot d’emplois promis. Une fois de plus les moulinets gouvernementaux
sont voués à l’échec faute d’ambitions et d’un changement en profondeur
des règles régissant notre économie.
« Ne pas dissocier l’Humain de l’économique »
Enfin, nous ne saurions
dissocier l’Humain de l’Économique dans un projet politique d’avenir. Au
delà de la création des CNE (au détriment sans doute de CDD et CDI
classiques), il faut surtout mettre en place des dispositifs permettant
de rendre l’emploi pérenne et attractif. Aujourd’hui ce n’est pas le
cas, et nous n’avons qu’une « mesurette » isolée bonne à créer précarité
et insatisfaction auprès des populations les plus fragiles.
Cette précarisation accrue
d’une frange notable de notre population, nous avons pu la ressentir
aussi dans les nouvelles mesures concernant le contrôle des chômeurs.
S’il est vrai qu’une proportion minime de sans emplois profite
abusivement du système, et doit par conséquent en être exclue, l’immense
majorité d’entre eux désire ardemment retrouver une activité salariée
qui soit, évidemment, en rapport avec leur formation. Aucune de ses
mesures n’est donc efficace sans reprise de l’économie, reprise de
l’emploi et réforme profonde de notre système de société. A défaut d’un
travail efficace, nous aurons donc en effet une diminution statistique
du nombre d’allocataires Assedic, mais nous aurons aussi très
probablement un appauvrissement d’une frange de nos concitoyens, exclus
de la société. Attention donc au fausses promesses.
La cohésion sociale.
La cohésion sociale, c’est
permettre à chacun de trouver sa place dans notre société et d’en être
l’un des rouages. L’inconsistance des mesures sur l ‘emploi ne va pas en
ce sens. Cependant, ce premier échec n’est pas le seul.
Aujourd’hui, chômeurs ou
salariés, c’est un pan entier de notre société qui ne trouve plus à
espérer. Aucune mesure n’a en effet été prise en ce sens. Alors qu’il
aurait fallu compenser la hausse du pétrole par une diminution des taxes
sur le carburant, réduire la fiscalité totale, baisser la TVA sur la
restauration (chose à laquelle Bruxelles s’oppose depuis toujours)… Rien
n’a été fait. Bref, les mesures de hausse du pouvoir d’achat sont au
point mort alors même que les salaires stagnent. Dans ces conditions,
inutile d’attendre une quelconque reprise de la consommation interne.
Quant aux exportations hors zone Euro, les perspectives restent sombres
tant le cours élevé de l’Euro pénalise nos entreprises.
Pire, le gouvernement se prive
de toute marge de manœuvre en préférant une gestion clientéliste à une
véritable réforme de notre économie et de ses aberrations. Alors que
notre pays est asphyxié par un déficit budgétaire qui frôle les 3% du
PIB et au delà même des promesses faites à l’Union Européenne à ce
sujet, notre Premier Ministre dépense en vue de 2007.
Ainsi donc il a fait fi des décisions prises par son prédécesseur en
matière de réduction du nombre de fonctionnaires. Ce ne sont plus 12 000
postes qui ne seront pas remplacés, mais seulement 5 000. Mesure de
toute façon neutralisée par la création de milliers de postes
d’« aides » dans l’enseignement.
« Laisser croire à l’eldorado français est criminel »
Enfin, est-il dans la logique
humanitaire de ne pas avoir encore réformé notre politique d’immigration
et de laisser perdurer l’entrée toujours massive d’immigrés illégaux en
France, compte tenu des difficultés que nous connaissons aujourd’hui ?
Laisser des populations désoeuvrées croire à l’eldorado français alors
que nous savons pertinemment que notre pays n’a ni emploi, ni logement à
leur proposer, ne relève pas de l’assistance mais de l’absurde. C’est
cette inconscience qui a aboutit aux drames que nous avons connu cet
été.
Alexis RICHERT
Président de la fédération Nièvre du Mouvement pour la France