> Économie -
23/03/06
Les PME
délaissées par l’action publique.
Le gouvernement Français peine à moderniser
sa politique économique de soutien aux entreprises. Toujours enfermé de la
logique économique des années 70, son action demeure focalisée sur les seuls et
médiatiques grands contrats internationaux signés par les champions français ;
et ce au détriment du soutien aux PME désireuses de s’internationaliser.
Les derniers chiffres de la balance commerciale du
pays sont édifiants et mettent en évidence l’urgence de la situation : « Pour la
première fois depuis 1992 la balance commerciale de l’industrie est négative et
contribue pour plus de la moitié à la dérive du déficit des échanges de notre
pays, qui passe de 8,3 milliard d’euros en 2004 à 26,5 milliards d’euros en
2005 » relève le Groupe des fédérations industrielles (GFI).
Le patriotisme économique revendiqué par Dominique
de Villepin, est malheureusement vide de sens. Il n’a pas d’action dans la durée
et ne vise qu’à un coût médiatique sans lendemain lorsque l’un de nos grands
groupes est visé par une OPA. Après l ‘effet d’annonce, plus rien ne se passe. A
la décharge du gouvernement, il faut dire que les interactions économiques au
niveau mondial n’autorisent plus aujourd’hui à mettre en œuvre de façon violente
des mesures protectionnistes, sauf à vouloir se couper de toutes relations
commerciales avec nos partenaires étrangers. Les opérations « coup de poings »
pour quelques grands groupes n’ont pas d’efficacité et ne font que cristalliser
les rancœurs extérieures.
Alors le vrai patriotisme économique qu’est-ce ?
C’est libérer les énergies dans notre pays et rendre nos
productions attractives. Ce dont les entreprises de taille moyenne ont
aujourd’hui besoin, en particulier dans le secteur industriel, c’est d’un plan
ambitieux de relance de la compétitivité du pays. Très dégradée par un coût du
travail bien supérieur à la moyenne de nos voisins et résultant d’une série
d’erreurs politiques, stratégiques ou d’appréciation (au premier rang desquelles
figurent la loi sur les 35 heures), elle appelle à une véritable réforme en
profondeur.
Dans ce contexte morose, le choix de nos
gouvernements successifs de baser l’ensemble de leur stratégie sur la relance de
la consommation est discutable. En effet, une part importante du surplus de
consommation s’est portée sur des productions industrielles importées et bon
marché. A l’inverse, l’Allemagne, sous l’impulsion du chancelier Schröder, a
opté pour la stratégie inverse. Le coût du travail, qui en 1999 était supérieur
à celui de la France, fut sérieusement réduit par une série de réformes
ambitieuses (départ en retraite reculé, négociations portant sur le temps de
travail, réformes des aides sociales, etc.), certes préjudiciables au pouvoir
d’achat mais qui permirent au pays de reconquérir une dynamique. Politiquement
risquée car peu populaire, cette approche révèle aujourd’hui sa pertinence en
redonnant de la compétitivité au premier exportateur mondial.
Notre politique industrielle, pour être efficace,
doit être en phase avec la réalité de l’économie mondiale. S’il nous faut mettre
en place un certain nombre de protections afin de ne pas être démunis face aux
pays à très faible coût de main d’œuvre, avec lesquels la concurrence est
inévitablement faussée par des conditions de travail inadmissibles, nous devons
surtout libérer les énergies intérieures. S’il faut s’opposer au libre
échangisme tel que vu par Bruxelles, il ne faut pas rejeter la mondialisation
dans sa globalité. Nous devons nous mettre à l’abri de ses méfaits mais tirer
profit de ses aspects positifs, notamment la forte croissance des marchés
émergents sur lesquels nos entreprises – et pas seulement les grands groupes –
doivent être plus présentes.
Enfin, ce retour à la compétitivité ne peut s’opérer
sans un encouragement de la réactivité et de l’innovation des entreprises. Entre
2005 et 2006, les dépenses d’investissement en valeur ont accusé un recul de
20%. De quel potentiel nos entreprises disposeront-elles pour satisfaire la
demande en cas de forte reprise? Quant aux dépenses de recherche et
développement, elles ne représentent plus que 2,17 % du PIB en France (2,37 % en
1991) contre 2,84 % aux États-Unis. Les pôles de compétitivité mis en place afin
de rassembler scientifiques, universitaires et entreprises représentent une voie
d’avenir. Ils constituent un excellent outil pour le développement des PME,
néanmoins la synergie entre les différents acteurs reste encore largement
insuffisante. Il est donc nécessaire de fournir un véritable travail dans ce
domaine, ce qui passe par un resserrement des liens entre recherche publique et
privée.
Une réforme pragmatique de notre politique
économique et industrielle ainsi que de ses objectifs s’impose. L’économie
mondiale évolue toujours plus vite et la France a déjà pris du retard. Il est
urgent de rompre avec l’immobilisme et le dogmatisme idéologique de la gauche la
plus archaïque d’Europe qui mine notre pays. Faute de quoi il restera au bord de
la route.
Alexis RICHERT
Président de fédération