Tout comme Dominique de Villepin l’avait
souhaité avec le Contrat nouvelle embauche, sa deuxième phase du plan d’action
pour l’emploi vise à rendre au marché du travail une souplesse nécessaire dans
un monde en évolution constante et aux activités soumises à des tensions
internes comme à de vives concurrences étrangères.
Ainsi il crée Contrat première embauche (CPE).
L’effort est perceptible, mais il se solde par nouvel échec faute d’avoir
analysé qu’à demi les causes structurelles de la non performance du marché du
travail et de ne pas avoir pris en compte les craintes psychologiques des
Français, depuis longtemps ballottés entre réformettes, peur du chômage et
absence de perspective.
Intéressant pour nos entreprises, le CPE permet
d’embaucher sans risque ni contrainte abusive dans une conjoncture morose, mais
surtout il permet d’être temporairement exonéré du fardeau des charges sociales
si préjudiciables à la création d’emplois. Cependant la médaille a un revers. Il
favorisera probablement la précarité et le turn-over, tout en étant
discriminatoire. Il suscite au moins quatre interrogations.
1°) Le contrat ne concerne que les jeunes de moins
de 26 ans. Seront alors exclus, par exemple, ceux qui après avoir terminé leur
cursus à 25 ans sont en situation précaire depuis plus d’un an. Pourquoi avoir
été si restrictif ? Le CPE ne serait-il pas insidieusement réservé seulement aux
non diplômés ?
2°) Pour bénéficier des exonérations de charges, le
jeune embauché devra être au chômage depuis plus de six mois. Chaque jeune
devra-t-il à présent patienter au moins six mois avant de trouver son premier
emploi ?
3°) Les exonérations de charges n’auront qu’une
durée limitée. Dès lors les entreprises ne seront-elles pas incitées à rompre le
contrat et renouveler l’essai avec un nouveau candidat afin de continuer à
bénéficier des exonérations ? Et si elles souhaitent conserver le nouveau
salarié, leur compétitivité ne risque t’elle pas d’en souffrir et les mettre en
péril ?
4°) Malgré les assurances du gouvernement, la mise
en place d’un système loca-pass, etc., il est fort à parier que sur le terrain
les organismes financiers et les bailleurs ne seront pas prêts à jouer le jeu.
Un bail dure 3 ans, un CPE peut s’arrêter du jour au lendemain pendant 2 ans. Le
parcours n’est donc absolument pas sécurisé et ne répond pas aux aspirations de
jeunes qui souhaitent s’insérer dans la société active et envisager rapidement
un avenir. Il eût été indispensable de corriger préalablement les conditions
d’accès aux baux locatifs et aux prêts bancaires...
Le CPE, basé sur de louables intentions, ne répond
dès lors que très partiellement à la triple équation qu’il est impératif de
résoudre pour entamer un nouveau cycle de croissance. Aujourd’hui il est
indispensable de donner confiance aux citoyens (consommateurs), de réduire les
charges sociales pesant sur les entreprises pour leur permettre ainsi de créer
des emplois, et enfin d’apporter une flexibilité au système d’embauche. Ce sont
donc des mesures beaucoup plus ambitieuses qu’un simple contrat supplémentaire
adressé à une part minime de la population que l’on attend du gouvernement.
L’empilement des textes de loi ne peut qu’alourdir notre code du travail et
engendrer frustrations, sentiments d’exclusion ou d’incompréhension. A peine né,
ce contrat est de fait immédiatement en proie à toutes les critiques (justifiées
ou infondées) et il est fort à parier qu’il ne donne que plus d’appui à
l’immobilisme dont pâtit depuis tant d’années la France. Il eu été si important
d’avoir le courage de réformer en profondeur et de façon constructive notre
système économique et social. Mais qu’attendre d’un gouvernement qui a un pied à
droite et l’autre au PS et dont la seule ambition est de flatter l’électeur à
coup de promesses ?