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 > Emploi - 22/01/06

 Villepin, l’enlisement par la demi-mesure.

Tout comme Dominique de Villepin l’avait souhaité avec le Contrat nouvelle embauche, sa deuxième phase du plan d’action pour l’emploi vise à rendre au marché du travail une souplesse nécessaire dans un monde en évolution constante et aux activités soumises à des tensions internes comme à de vives concurrences étrangères.

Ainsi il crée Contrat première embauche (CPE). L’effort est perceptible, mais il se solde par nouvel échec faute d’avoir analysé qu’à demi les causes structurelles de la non performance du marché du travail et de ne pas avoir pris en compte les craintes psychologiques des Français, depuis longtemps ballottés entre réformettes, peur du chômage et absence de perspective.

Intéressant pour nos entreprises, le CPE permet d’embaucher sans risque ni contrainte abusive dans une conjoncture morose, mais surtout il permet d’être temporairement exonéré du fardeau des charges sociales si préjudiciables à la création d’emplois. Cependant la médaille a un revers. Il favorisera probablement la précarité et le turn-over, tout en étant discriminatoire. Il suscite au moins quatre interrogations.

1°) Le contrat ne concerne que les jeunes de moins de 26 ans. Seront alors exclus, par exemple, ceux qui après avoir terminé leur cursus à 25 ans sont en situation précaire depuis plus d’un an. Pourquoi avoir été si restrictif ? Le CPE ne serait-il pas insidieusement réservé seulement aux non diplômés ?

2°) Pour bénéficier des exonérations de charges, le jeune embauché devra être au chômage depuis plus de six mois. Chaque jeune devra-t-il à présent patienter au moins six mois avant de trouver son premier emploi ?

3°) Les exonérations de charges n’auront qu’une durée limitée. Dès lors les entreprises ne seront-elles pas incitées à rompre le contrat et renouveler l’essai avec un nouveau candidat afin de continuer à bénéficier des exonérations ? Et si elles souhaitent conserver le nouveau salarié, leur compétitivité ne risque t’elle pas d’en souffrir et les mettre en péril ?

4°) Malgré les assurances du gouvernement, la mise en place d’un système loca-pass, etc., il est fort à parier que sur le terrain les organismes financiers et les bailleurs ne seront pas prêts à jouer le jeu. Un bail dure 3 ans, un CPE peut s’arrêter du jour au lendemain pendant 2 ans. Le parcours n’est donc absolument pas sécurisé et ne répond pas aux aspirations de jeunes qui souhaitent s’insérer dans la société active et envisager rapidement un avenir. Il eût été indispensable de corriger préalablement les conditions d’accès aux baux locatifs et aux prêts bancaires...

Le CPE, basé sur de louables intentions, ne répond dès lors que très partiellement à la triple équation qu’il est impératif de résoudre pour entamer un nouveau cycle de croissance. Aujourd’hui il est indispensable de donner confiance aux citoyens (consommateurs), de réduire les charges sociales pesant sur les entreprises pour leur permettre ainsi de créer des emplois, et enfin d’apporter une flexibilité au système d’embauche. Ce sont donc des mesures beaucoup plus ambitieuses qu’un simple contrat supplémentaire adressé à une part minime de la population que l’on attend du gouvernement. L’empilement des textes de loi ne peut qu’alourdir notre code du travail et engendrer frustrations, sentiments d’exclusion ou d’incompréhension. A peine né, ce contrat est de fait immédiatement en proie à toutes les critiques (justifiées ou infondées) et il est fort à parier qu’il ne donne que plus d’appui à l’immobilisme dont pâtit depuis tant d’années la France. Il eu été si important d’avoir le courage de réformer en profondeur et de façon constructive notre système économique et social. Mais qu’attendre d’un gouvernement qui a un pied à droite et l’autre au PS et dont la seule ambition est de flatter l’électeur à coup de promesses ?

 

 

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